Tous les seins n’ont pas les mêmes droits !

Publié le : 23/07/2016 11:54:02
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Tous les seins n’ont pas les mêmes droits !

Fin août 2016, comme les années précédentes, le mouvement Raël invite les femmes à défendre le droit de circuler « seins nus » dans 60 villes du monde entier, voire à créer elles-mêmes leur évènement. Si cela fonctionne bien en Amérique du Nord (Canada et USA), il est rare que cela soit suivi en Europe. Et ce ne sont pas les réseaux sociaux qui contribueront à leur succès ou leur éclosion. Récemment, Facebook a fermé définitivement le groupe français « Pour le droit aux seins nus », créé par des naturistes… à cause des illustrations publiées.

Cette logique fut l'objet d'un jugement original, en 1993. Une Américaine, interpellée dans le métro de New-York pour avoir montré ses seins, fut conduite devant le juge, et relaxée. La justice a admis qu'il y avait discrimination sexuelle à interdire aux femmes de montrer leur poitrine, alors que les hommes pouvaient se promener torse nu sans problème. Mais il fallut plus de 20 ans, et une injonction municipale officielle, pour que la police arrête de verbaliser. C’est à dire en 2015 !

Il y a donc encore un long chemin à faire pour conquérir, voire reconquérir ce droit. A Paris, voilà quelques années, les « Tumultueuses » revendiquaient le même droit que celui acquis en avril 2016 par les suédoises pour être topless dans les piscines publiques, et n’ont pas eu gain de cause. Et c’est tout aussi impossible à Paris-Plage que dans les parcs publics, la législation municipale étant très explicite sur le sujet.

Un peu d’histoire

Quand, dans les années soixante, le premier monokini apparut sur une plage publique, l'entourage crut à l'œuvre d'une inconsciente. En récidivant, celle-ci provoqua immédiatement la réprobation de son entourage car, en montrant sa poitrine, elle choquait les mères de famille, attirait le regard des hommes, et suscitait la jalousie de ses voisines. Les représentants de la loi furent alors mandatés pour réprimer cette attitude, appliquant pour cela le même article du code pénal que celui utilisé contre les nudistes: l'outrage public à la pudeur. Et les représentants du mouvement naturiste étaient plus que partagés sur cette "mode"…

Si les plus nombreux voyaient là un mouvement libérateur qui devaient logiquement aboutir au nu intégral, les autres, au contraire, assimilaient le fait de retirer le haut du maillot à une provocation… estimant qu'en ne gardant que le bas, la femme cherchait à attirer le regard des hommes sur ce qui restait caché! Et, naïvement, des femmes déclaraient faire du naturisme… simplement parce qu'elles retiraient le haut.

Cette banalité de la fin du XXE siècle était-elle pour autant une attitude naturelle et entièrement spontanée? En 1995, le sociologue Jean-Claude Kaufmann, analysant le sujet dans un ouvrage intitulé "Corps de femmes, regards d'hommes", avouait être perplexe. Pour lui, cette pratique a des règles strictes, bien que secrètes. En retirant son soutien-gorge, la femme dévoile beaucoup plus que son corps. Aujourd'hui, encore, les seins nus sont acceptés sur la plage, immobiles, mais pas toujours dans l'eau, au milieu des baigneurs. Et si la tolérance est générale, les regards des autres en disent long. L'esthétisme, la sexualité, le machisme, la pudeur, sont toujours sous-jacents. Ainsi, note l'auteur, la première génération de femmes aux seins nus est aussi celle qui a généré le plus de divorces. En montrant son corps, la femme a expliqué qu'il était à elle, et non à l'homme, son époux, ce qu'il n'a pas toujours accepté.

L'analyse fait généralement sourire les naturistes, qui, en toute mixité, ont définitivement retiré le haut et le bas. Mais en instituant un autre code de conduite sur les plages et dans les centres.

Trente ans après, le débat n'est pas clos, et la peur du cancer du sein incite même les jeunes générations, par ailleurs moins sensibles aux revendications "féministes", à ne pas pratiquer le bronzage les seins nus.

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Voir tous les commentaires (1)

Jean


09/10/2016 07:16:46

Après un cancer du sein et une mastectomie, mon épouse ne veut plus faire du naturisme. Ce n'est pas à cause des risques à venir, puisque avant de s'adonner à ces plaisirs, elle faisait du monokini. Non, c'est à cause du regard des autres. Elle envisageait de faire une reconstruction mammaire, et je l'en ai dissuadée, car elle ne voulait pas le faire pour elle, mais pour moi, pour mon regard. Elle a supporté quatre opérations et redoute de remonter sur le billard.

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