Mon père, cet égaré… Une troisième nouvelle gratuite et téléchargeable !

Publié le : 07/08/2017 18:21:38
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Mon père, cet égaré… Une troisième nouvelle gratuite et téléchargeable !

Le flux ininterrompu de cette foule chamarrée qui arpentait les couloirs de l’hôpital ne faisait qu’ajouter à la mélancolie qui terrassait Isabelle. Elle venait de terminer son service de garde et, plus que jamais, l’immense hall d’entrée, particulièrement bondé à cette heure de la journée, lui évoquait l’ambiance mitigée d’un roman de Victor Hugo.

Un mélange de cour des miracles, de populisme et de bourgeoisie qu’elle trouvait affligeant. En 11 années d’étude de médecine, les occasions de douter avaient été nombreuses et trop de fois elle s’était sentie impuissante face à la maladie. Aujourd’hui n’avait pas été ce que l’on peut appeler un bon jour. Il y avait quelque chose d’injuste dans la fatalité et Isabelle ne savait plus vraiment où elle en était. Finalement médecin, pédiatre, était-ce vraiment ce qu’elle voulait faire ? Son père l’avait bien prévenu ! Elle se rappelait précisément de ces paroles :

‘’ Tu sais ma fille, médecin c’est un sacerdoce. On entre en médecine comme on épouse une religion. C’est une vie de sacrifices, de renoncements et d’abnégations. Certaines périodes peuvent être douloureuses ! ‘’ Il avait marqué un silence puis avait repris sur un ton plus jovial, « …mais tu n’imagines pas non plus comme cela peut être merveilleux !... ».

Son père, il savait de quoi il parlait ! En trente ans d’exercice, le médecin de campagne qu’il était en avait vu de toutes les couleurs. Trente ans au service des autres, à sortir contre vents et marées, de jour comme de nuit. Des années à rentrer fourbu et heureux, souvent... Abattu et déprimé, parfois…

Isabelle, elle, se souvient encore de cette nuit ; il devait être trois heures du matin et la porte de sa chambre s’était ouverte. Elle avait tout juste huit ans et ne dormait pas. Plongée dans les aventures de Jules Verne, surprise, elle avait éteint sa torche précipitamment pour faire semblant/donner le change ? Elle le devinait là, debout, à la regarder. Puis lentement il s’était approché. Elle le revoit comme si c’était hier ! Il s'était assis sur le sol, plaquant son dos contre le montant du sommier, il avait incliné la tête légèrement pour l’appuyer avec douceur contre la sienne. Elle avait trouvé ça si beau, si émouvant, si fusionnel qu’elle n’avait pas pu résister à le prendre dans ces bras en attirant sa joue humide contre la sienne. Il s’était laissé faire. Le grand homme fourbu avait succombé, savourant cet instant comme un moment d’exception, de soulagement, de partage. De ce lien indéfectible, de cette chaleur paternelle, de cette confiance, de cette complicité, de ce beau souvenir qui allait la hanter à jamais était née cette envie obsessionnelle de devenir à son tour médecin. Jamais elle ne sut ce qui s’était passé cette nuit-là, mais aujourd’hui, après ce qu’elle avait vécu, elle comprenait l’abusive âpreté que pouvait avoir le goût de la défaite. Dans moins d’une heure, elle allait retrouver Alexandre et serrer ses petites jumelles et son grand garçon dans les bras. Ces épreuves qui jalonnent sa vie, grâce à eux elle allait pouvoir les surmonter.

Les vacances arrivaient et franchement elles tombaient bien ! Là où ils allaient dans le Gard, elle savait qu’elle trouverait la force de se ressourcer. Cet endroit, Isabelle l’appelait son ‘’ No man’s land ‘’. Une zone intermédiaire où une infime partie de l’humanité, des initiés comme elle, s’affranchissaient pour un temps du stress et des contraintes de la société. Un sanctuaire de la nature, du respect, un lieu dénué d’a priori et de complexes réducteurs(...).

Retrouvez l’intégralité de cette nouvelle signée Laurent Dubiez sur ce site, dans notre rubrique Téléchargement.

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